31
Oct

SEJOURS A THEME ET ACTIVITES EXTREMES ONT LA COTE

Les Echos Le 25/10 à 06:00Mis à jour à 14:40

Pour continuer à séduire les enfants, les colonies de vacances ont dû se réinventer. Avec un risque : ne plus assurer la mixité sociale.

« Bienvenue au musée de la pantoufle et de la charentaise », la scène cocasse du film « Nos jours heureux », où une bande d'enfants s'endort face à un guide moustachu, appartient à un temps révolu. Un marché en berne a forcé les organismes du secteur à repenser le concept de ces colonies de vacances, jugé trop usé. En 2006-2007, 1,5 million d'enfants y sont allés. Ils ne sont plus que 1,3 en 2014-2015. Les séjours se sont raccourcis, avec une moyenne passant de 9,2 à 7 jours. Et malgré le rapport parlementaire de 2013 qui avait tiré la sonnette d'alarme en préconisant 21 mesures, dont la généralisation du Chèque-Vacances, les colos continuent à faire grise mine. Les acteurs du secteur (associations, entreprises) ont pourtant fait évoluer leurs offres. Ils proposent des séjours spécialisés. On y apprend la recette du tajine, à mijoter des potions ou à vivre comme au temps des châteaux forts...

Telligo est pionnier dans le secteur des séjours à thème et deuxième sur le marché des colonies. Son offre se veut pointue : colo « chiens câlins » ou colo « Jedi », où les animateurs sont déguisés et les enfants invités à fabriquer leur sabre laser.

Des séjours plus courts et plus chers

Cent dix-neuf autres thèmes, parfois farfelus, sont proposés. La stratégie est gagnante. En 2015, Telligo a accueilli 25.000 enfants, contre 6.500 en 2005. Le poids lourd, l'organisme associatif UCPA, qui fête son cinquantenaire, s'est spécialisé dans le sport avec mention spéciale pour les séjours surf plébiscités par les jeunes. L'UCPA, qui accueille 220.000 « stagiaires » par an, réalise 154 millions d'euros de chiffre d'affaires. Xavier Hernandez, chef de marché enfants, adolescents et jeunes adultes, évoque une activité « en hausse ». Revers de la médaille : avec la multiplication des normes de sécurité, notamment, les colonies ont vu leur coût grimper. Pour Cédric Javault, le directeur de Telligo, il fallait que l'offre monte en gamme. Selon un sondage Ifop pour l'Ovlej (Observatoire des vacances et loisirs des enfants et des jeunes), le premier critère des parents à égalité avec la sécurité (65 %) est « l'aspect éducatif des colonies ».

Ces évolutions ont fait monter le prix des séjours. Fallait-il « marketer le produit  ? » concède un membre de l'Unat (Union nationale des associations de tourisme et de plein air), dont fait partie l'UCPA. Il faut compter 500 euros en moyenne pour une semaine à l'UCPA. Chez Telligo, le prix moyen pour dix jours frôle les 1.000 euros. Cédric Javault assume « totalement » le fait de s'adresser à une clientèle aisée, loin de l'image populaire de la colo.

L'entreprise avait testé une offre plus bas de gamme et moins chère, Primo, qui n'a pas fonctionné. Jean-Karl Deschamps, le vice-président de l'association JPA (Jeunesse au plein air), déplore, lui, la « marchandisation » de la colonie de vacances, « un objet d'éducation, créateur de mixité sociale ». Alors, disparue définitivement la colo « classique », avec ses grands jeux et son slow du dernier soir ? « On fait toujours des balles au prisonnier, la boum n'a pas disparu ! Le slow, en revanche... », sourit Cédric Javault. La fin d'une époque.

M. M., Les Echos

Tags : mixité sociale

Ajouter un commentaire

mentions légales     réalisation Amenothès Conception